1er Rapport Intermédiaire 2013

Nous constatons depuis de nombreuses années que le comportement migratoire a subi d’importantes modifications chez plus de 50% de cigognes blanches (Ciconia ciconia) de la population de l’Europe du nord-ouest passant par la route occidentale. Un fort pourcentage de ces oiseaux ne se rend plus en Afrique occidentale, mais s’arrête déjà dans le sud de l’Espagne pour hiverner. Pour se nourrir, les oiseaux y séjournent surtout sur quelques grandes décharges à ciel ouvert.

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A ce jour, il n’a pas été possible de déterminer la cause exacte du comportement migratoire modifié. Les cigognes ayant autrefois fait l’objet d’essais de réacclimatation portent-elles peut-être une part de responsabilité ? Il y a un demi-siècle, des cigognes blanches d’Afrique du nord ont été «importées» en Suisse et indirectement dans d’autres pays d’Europe occidentale dans le but de reconstituer les populations qui, à l’époque, avaient quasiment disparu. Les gènes des oiseaux élevés en volières se retrouvent probablement à l’heure actuelle chez de nombreuses cigognes européennes. Influencent-ils peut-être l’itinéraire ou la distance migratoire ? Quel est le rôle du changement climatique ? Des nombreuses questions auxquelles le projet «SOS Cigogne – la migration en mutation»  devra apporter une réponse.

Afin de sensibiliser un public plus large ainsi que les cercles scientifiques à la problématique du „comportement migratoire modifié“, il est prévu de mettre en place, en marge du projet, un travail approfondi de relations publiques. Le projet a été conçu en collaboration avec différents partenaires (organisations et spécialistes) dans tous les pays situés le long de la route migratoire occidentale.  

C’est avec plaisir que nous accueillerons de nouveaux partenaires, en plus de ceux mentionnés ci-dessus. 

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Pour le projet «SOS Cigogne – la migration en mutation», «Cigogne Suisse» collabore avec des sponsors qui financent une ou plusieurs balises ainsi que leur coût d’exploitation (voir sous «Senderstörche» sur le site Internet du projet). De plus, des coopérations ont été convenues avec un certain nombre de partenaires. 

Selon une Directive de l’UE de 1999 à mettre en œuvre d’ici 2016, la part organique des déchets déversés dans l’ensemble des décharges des pays de l’UE devra être progressivement ramenée à 3%.  En clair, cela signifie que les restes d’aliments et autres déchets ménagers similaires devront être triés et compostés, brûlés ou dirigés vers des installations de biogaz. Quelles seront les conséquences de la disparition de la source alimentaire que constituent les déchets pour les cigognes passant l’hiver au sud de l’Espagne ? Dans quelle mesure la Directive de l’UE a-t-elle été appliquée ? Dans quels délais s’effectuera la mise en œuvre de la Directive de l’UE sur les décharges dans le sud de l’Espagne ? Quelle est l’importance, pour les cigognes, des décharges comparées aux autres ressources alimentaires de la région ? 

Résumé des travaux accomplis jusqu’en décembre 2012 

Au terme de travaux de planification et de préparation de plusieurs mois, le travail effectif débuta en janvier 2011 par un voyage destiné à l’observation et à la recherche sur le terrain  Le chef de projet se trouvait sur place pendant plusieurs semaines dans le but d’établir l’état de la situation, de procéder aux premières enquêtes et de nouer des contacts avec des partenaires potentiels. Dans cette perspective, plusieurs décharges ont été visitées.  

Bild_1_300pxEn 2011 et 2012,  9 balises GPS par satellite ont été mises en œuvre: cinq d’entre elles ont été montées en 2011 sur les jeunes cigognes «Bruno» (Uznach/SG), «Dani» (Chartreuse d’Ittingen/TG), «Amelios» (Zoo de Bâle), «Duchesse» (Biel-Benken/BL) et «Sämi» (Murimoos/AG). Trois de ces cigognes ont été victimes d’un accident en 2011 déjà («Bruno», «Amelios» et  «Duchesse»). Les balises d’ «Amelios» et de «Duchesse» ont été retrouvées et elles ont été réutilisées en 2012 sur les jeunes cigognes «Elvis» (Bienne-Benken/BL) et «Toni» (Rothenburg/LU). 

Quatre nouvelles balises ont été acquises en 2012 et montées sur les jeunes cigognes «Sünni» (Uznach), «Yumna» (zoo de Bâle), «Amelios II» (zoo de Bâle) et «Manuela» (Hünenberg/ZG). Un ou deux de ces oiseaux ont cessé d’émettre en 2012 («Sünni» et éventuellement «Manuela»). De plus, la cigogne balisée «Dani» a été victime d’un accident en 2012. 

Au total, onze cigognes ont donc été munies de balises depuis le lancement de la télémétrie en 2011. A la fin de l’année 2012, cinq (éventuellement six) d’entre elles étaient encore en vie et continuaient à émettre («Sämi», «Elvis», «Yumna», «Amelios II», «Toni» et «Manuela»). A première vue, le pourcentage de perte d’environ 50% peut paraître élevé, mais il correspond en gros au taux de mortalité des jeunes cigognes dans leur première année de vie. 

bruno_karte_300pxCigogne balisée «Bruno»
En octobre 2011 déjà, «Bruno» fut victime d’un accident sur la décharge de la ville marocaine de Kenitra, au nord de Rabat. Par la suite, des coordonnées nous arrivaient encore sporadiquement pendant une année jusqu’au 23.10.2012, indiquant toujours la même position. Il était donc évident que l’oiseau était mort. 

dani_karte_300pxCigogne balisée «Dani»
Après avoir séjourné fin 2011 principalement près de la décharge d’Ejea de los Caballeros (au nord de Saragosse), «Dani» y resta jusqu’en avril 2012. Puis il partit vers l’est jusque sur la côte méditerranéenne, traversant les Pyrénées le 11.5. déjà direction le nord pour atteindre la région de Bourg-en-Bresse, environ 70 km  à l’ouest de Genève, à la mi-mai. Il y resta jusqu’à fin août, séjournant dans les environs de la décharge, puis, en quelques jours, il descendit la vallée du Rhône  pour s’installer dans la Camargue jusqu’à la mi-novembre 2012. Il y  fut victime d’un accident à la mi-novembre, quelques kilomètres au sud de l’Étang de Scamandre. 

amelios_karte_300pxCigogne balisée «Amelios»
Dès fin novembre, il était évident qu’ «Amelios» était décédé en août 2011 en Espagne, près de la ville de Teruel. Le 24.3.2012, après d’intenses recherches, une équipe de notre partenaire de projet SEO (Société espagnole d’ornithologie) a pu retrouver la balise. Arturo Bobed Ubé de la SEO Teruel a précisé: «Hier, nous avons pu récupérer la balise d’ «Amelios» à Jabaloyas (Teruel). Elle se trouvait dans un terrain difficile. Nous avons d’abord découvert quelques plumes, puis la balise au bord d’une pente raide». En août 2012, la balise a été installée sur la jeune cigogne Toni (voir ci-dessous). 

dueschess_karte_300pxCigogne balisée «Duchesse»
En août 2011 déjà, «Duchesse» est décédée près du lieu où elle a reçu la balise. La balise a pu être récupérée par Beat Huggenberger (IIGSFBB Biel-Benken) et montée sur la jeune cigogne «Elvis» en juin 2012 (voir ci-dessous). 

saemi_karte_300pxCigogne balisée «Sämi»
En 2011 déjà, en hivernant au Sénégal près de la ville de Kaolack, «Sämi» était la cigogne du projet «SOS Cigogne» ayant parcouru la plus grande distance. A la mi-mars 2012, il entreprit son retour vers le nord. Au bout de quelques jours, il avait atteint le sud de la Mauritanie. Le 14.4. déjà, nous le trouvons en Espagne et après un parcours d’anthologie, il arriva dans la région de Lérida le 23.4. Jusqu’au début août 2012, il séjourna aux environs de la décharge de Castellnou de Seana, quelques 30 km à l’est de Lérida. Jusqu’à la mi-août environ, il se déplaça par petits bouts vers le sud-ouest jusqu’à Saragosse, puis il a été localisé env. 250 km plus au sud, à proximité de la décharge près d’Alcázar de San Juan. Ensuite, silence radio. Il semblait évident que l’oiseau avait trouvé la mort. La joie fut donc d’autant plus grande lorsque dès le 15.11., des données nous arrivaient régulièrement, et comme l’année d’avant, depuis le Sénégal, de la région des villes de Kaolack et de Touba. Un défaut technique passager avait provoqué une panne de l’émetteur. Jusqu’à la fin de l’année 2012, «Sämi» est resté au Sénégal, envoyant des signaux réguliers et fiables. 

elvis_karte_300pxCigogne balisée «Elvis»
Le 12.6.2012, la balise de la cigogne accidentée «Duchesse» a été montée sur la jeune cigogne «Elvis». Après la première semaine d’août, l’oiseau se mit à migrer vers le sud. S’arrêtant brièvement à Soleure, Avenches et Gland, il arriva dans la vallée du Rhône et atteignit les environs de Salon-de-Provence le 21.8. Longeant la côte méditerranéenne, il fit halte à Lérida dans le nord de l’Espagne  le 28.8. De là, il continua sa route le 16.9. par Saragosse jusqu’à Alcázar de San Juan où il séjourna pendant environ deux semaines sur la décharge. Depuis le début du moïs d’octobre, il est resté stationnaire dans les environs de la ville d’Almagro, souvent sur la décharge de l’endroit. Dès début décembre 2012, la balise est plusieurs fois tombée en panne, parfois pendant deux semaines. Une tension insuffisante de la batterie en est la cause probable, mais les données récentes attestent qu’ «Elvis» est toujours en vie. 

suenni_karte_300pxCigogne balisée «Sünni»
Le 12.6.2012 «Sünni» a été muni d’une nouvelle balise GPS à Uznach. A partir du 26.7., il séjourna par moments à Hombrechtikon avant de commencer sa migration  le 13.8. En passant par Lausanne, il se rendit à environ 50 km au sud de Lyon, où il séjourna avec environ 175 autres cigognes près de Saint Maurice-l’Exil. Le 16.8. il entra probablement en collision avec une ligne électrique. Le soir du 18.8., Jacques Frier y observa l’oiseau et le 22.8., il remit l’oiseau blessé par électrocution  à Pascal Tavernier, directeur de la Station de soins aux oiseaux de Saint Forgeux, au nord-ouest de Lyon. «Sünni» souffrait d’une fracture de l’os coracoïde (omoplate chez les mammifères) et de brûlures, mais le 3.10., guéri, il a pu être remis en liberté. Malheureusement, la balise n’est plus en état de fonctionner. 

yumna_karte_300pxCigogne balisée «Yumna»
Le 13.6.2012, «Yumna» a été munie d’une nouvelle balise GPS au zoo de Bâle. Après quelques brèves excursions de 5 à 10 km dans la région au sud de la ville, elle est partie le 14.8. direction sud-ouest pour séjourner dès le 16.8. pour quelques jours en France, non loin de Bourg-en-Bresse. Le 27.8., elle poursuivit sa route à travers la vallée du Rhône en passant par Lyon et Valence pour atteindre le 29.8. la décharge au sud-ouest de Montpellier sans toutefois s’y attarder. Elle longea en effet à grands coups d’aile la côte méditerranéenne, traversa l’extrémité est des Pyrénées et arriva en Espagne le 1.9. La décharge de Lérida ne la retint pas longtemps. Par contre, elle séjourna pendant environ une semaine près de la décharge d’Alcazar de San Juan, à peu près au centre de l’Espagne avant de continuer sa route vers le sud le 9.9.  Elle fit sa prochaine halte sur la décharge d’Almagro, puis elle vola rapidement en direction de la prochaine décharge au sud de Cordoue. Quatre jours plus tard, elle continua sa route direction sud-ouest vers les rizières sur l’île Isla Mayor sur le fleuve Guadalquivir, env. 30 km au sud de Séville. Elle s’y installa pendant env. un mois avant de visiter pour la première fois, le 21.10., la décharge de Dos Hermanas, située à une vingtaine de km. Jusqu’à la fin de l’année, cette décharge fut le principal lieu de séjour, mais «Yumna» retournait  régulièrement aux rizières d’Isla Mayor. 

amelios_II_karte_300pxCigogne balisée «Amelios II»
«Amelios II» a également été équipée le 13.6.2012 d’une nouvelle balise GPS au zoo de Bâle. Mis à part un décalage de quelques jours, sa migration s’est déroulée de manière semblable à celle de Yumna. Amelios II a quitté Bâle le 8.8. direction sud-ouest, mais au lieu de suivre la vallée du Rhône, elle traversa le Massif central, un peu plus à l’ouest. Elle arriva à Perpignan le 10.8., à l’extrémité est des Pyrénées qu’elle traversa le jour suivant. Le 13.8. elle a été à Lérida, sans s’arrêter sur la décharge. Elle se dirigea vers l’ouest et séjourna pendant plusieurs jours dans la vallée de l’Ebre, à l’est de Saragosse avant de continuer sa route le 2.9. direction sud-ouest pour atteindre, le 3.9. déjà, la ville de Cordoue et passer la première nuit sur le toit d’une grande halle de la décharge. Elle resta sur la décharge jusqu’au 23.9. (et y passa également les nuits) et de temps à autre, elle se rendit dans la vallée voisine du Rio Guadajoz, probablement pour se désaltérer. Le 24.9. elle continua sa route direction sud-ouest jusqu’aux rizières sur Isla Mayor près de Séville. Parfois, elle rejoignit aussi la décharge de Dos Hermanas, distante de 16 km. Le 1.10., «Amelios II» retourna à la décharge de Cordoue et env. deux semaines plus tard, elle était de nouveau sur Isla Mayor. Après plusieurs arrêts brefs sur la décharge de Dos Hermanas et de La Puebla de Cazalla, elle séjourna de nouveau sur la décharge de Cordoue dès le 2.10. pendant 10 jours pour retourner, le 13.10. sur Isla Mayor. Du 24.11. au 2.12. suivit une phase sur les décharges de Dos Hermanas et de La Puebla de Cazal où elle resta jusqu’à la fin de l’année. Ainsi, «Amelios II» se déplaçait pendant l’hiver 2012 régulièrement entre plusieurs «mangeoires» éloignés parfois de 135 km l’une de l’autre. 

manuela_karte_300pxCigogne balisée «Manuela»
La jeune cigogne «Manuela» a été équipée d’une balise le 23.6.2012 à Hünenberg en présence de la conseillère d’Etat Manuela Weichelt-Picard. Le 2.8. l’oiseau quitta la région et se rendit à Uznach, distant de 35 km. Jusqu’au 17.8., il va et vient entre Uznach, le Lützelsee/Hombrechtikon et le lac de Zurich inférieur, revient pour un certain temps à Hünenberg et le 22.8., il part pour Altreu/Soleure. Le lendemain, «Manuela» commença sa migration direction sud-ouest pour atteindre l’extrémité sud du Léman le 24.8. Le 25.8., elle fut observée dans la vallée du Rhône, entre Grenoble et Lyon. Le 26.8. «Manuela» arriva dans la région de Montpellier d’où nous avons reçu à 14 h les dernières données GPS provenant du bord de l’Etang de Thau. L’absence soudaine de nouveaux signaux semblait indiquer que l’oiseau était victime d’un accident. Mais la découverte, lors d’une analyse de l’ensemble des données brutes, de quelques cordonnées et données relatives au capteur parlent en faveur d’une simple panne de l’émetteur. Nous disposons d’une dernière (mais imprécise) coordonnée Doppler du 28.8. à 12h47, correspondant à un lieu à env. 50 km au sud-ouest de Saragosse. «Manuela» pourrait très bien avoir parcouru en deux jours la distance de 530 km à vol d’oiseau depuis la dernière cote GPS connue.  Il reste donc l’espoir que l’oiseau nous « contactera » à nouveau. 

toni_karte_300pxCigogne balisée «Toni»
La cigogne «Toni» a été équipée le 18.8.2012 à Rothenburg de la balise GPS portée auparavant par «Amelios». «Toni» entreprit sa migration le 27.8. Il s’engagea dans la vallée du Rhône direction sud, et en suivant la côté méditerranéenne, il atteignit Narbonne le 5.9. Après le passage de l’extrémité est des Pyrénées, il séjourna dès le 7.9. dans les environs de la décharge de Castellnou de Seana, 30-40 km à l’est de Lérida. Le 12.9., il poursuivit sa route vers Lérida pour rester aux environs de la ville et de la décharge voisine de Montoliu jusqu’au 4.10. au moins. Jusqu’au 17.12.,  aucune nouvelle cote n’a été enregistrée, suggérant qu’il avait été victime d’un accident à Lérida. Les nouvelles données reçues le 18.12. (env.  45 km à l’ouest de Lérida), le 29.12. (décharge de Montoliu) et enfin le 1.1.2013 (ville de Lérida) ont démontré que «Toni» était toujours en vie et qu’il s’activait dans la région de Lérida. 

Bilan de la télémétrie par satellite jusqu’en décembre 2012

07_sosstorch_DSC5037_300pxDeux seulement (!) des sept cigognes balisées en 2011 et  2012 ayant survécu au moins à la première migration d’automne ont migré « normalement », c.-à-d. par le Détroit de Gibraltar jusqu’en Afrique occidentale. «Sämi» a hiverné deux fois au Sénégal et «Bruno» a réussi à atteindre la ville de Kenitra au Maroc avant d’être victime d’un accident.  Deux cigognes ont passé l’hiver dans la vallée de l’Ebre au nord de l’Espagne («Dani», «Toni»), une à Almagro au centre du pays («Elvis») et deux dans la région de Séville au sud de l’Espagne («Yumna», «Amelios II»). Ces constatations confirment les résultats antérieurs, à savoir que plus de deux tiers des cigognes survivantes sont concernés par des changements du comportement migratoire. L’une des causes probables de cette évolution s’explique très probablement par le fait, que la cigogne blanche, véritable « opportuniste alimentaire », sait profiter de la disponibilité de nourriture tout au long de l’année sur les décharges. D’autres recherches (p. ex. sur la génétique des populations concernées) devront déterminer le rôle joué par l’apport de gènes provenant de cigognes marocaines ou algériennes ayant fait l’objet en son temps d’essais de réacclimatation. 

Les changements de lieu de plusieurs cigognes, surtout de «Yumna» et d’ «Amelios II», démontrent un comportement très souple quant au choix des «habitats nourriciers». Les deux oiseaux ont alterné plusieurs fois entre les rizières irriguées et les décharges, probablement en fonction des ressources alimentaires disponibles sur le moment. Afin d’obtenir des informations fiables à ce sujet, il faudra éventuellement envisager de procéder à des recherches sur place concernant le comportement et la biologie alimentaire, resp. la disponibilité de nourriture aux lieux de séjours respectifs par des collaborateurs de «Cigogne Suisse» ou dans le cadre d’une collaboration avec des instituts de recherche espagnols et des universités (p. ex. travail de diplôme ou de doctorat). 

Recherches internationales sur place en Espagne

La population de cigognes majoritairement non-migrante de Malpartida de Cáceres est prédestinée pour des recherches sur les effets produits par les stratégies modifiées en matière de décharges. Au cours des dernières années, un grand nombre de décharges à ciel ouvert ont été fermées dans cette région et remplacées par une nouvelle décharge (Ecoparque) dans laquelle les déchets sont de plus en plus largement compostés ou utilisées à d’autres fins. Les observations sur place par des spécialistes locaux en collaboration avec «Cigogne Suisse» montreront comment les cigognes réagissent à l’offre alimentaire modifiée. 

malpartida_DSC7960_300pxAfin d’obtenir des données fiables sur l’utilisation des décharges et de l’habitat naturel par la population locale de cigognes, on utilise actuellement des enregistreurs de données. Ces appareils ont en gros la taille des balises utilisées jusqu’à présent, mais au lieu de transmettre les données via un satellite, ils enregistrent les coordonnées GPS dans une mémoire interne qu’il s’agit par la suite de lire, à des intervalles de plusieurs semaines, par un instrument manuel appelé station de base. Les enregistreurs de données sont fixés sur les cigognes au moyen du même type de harnais que les balises. 

malpartida_DSC8006_300pxAu cours de la première étape, deux cigognes blanches capturées sur la décharge Ecoparque au moyen d’un canon lance-filet ont été munies le 3 décembre 2012 d’un enregistreur de données qui capte trois cotes GPS par heure. Ces données ont déjà été lues à plusieurs reprises par des collègues espagnols (Manuel Giraldo, responsable environnement, Manuel Iglesias, SEO). Les premières lectures d’env.  3150 blocs de données en trois semaines, fournissent des découvertes impressionnantes. Un premier dépouillement grossier donne les résultats suivants: 

Cigogne «Lola» (2381), données du 3. au 28.12.2012:
Malgré l’insuffisance supposée de nourriture sur la décharge, la cigogne séjournait principalement sur celle-ci pour s’alimenter. Pour boire, elle se rendait chaque jour sur un plan d’eau à env. 600 m à l’ouest de la décharge alors que son gîte nocturne se trouvait principalement dans les forêts de chênes verts à env. 1,5 km à l’ouest de la décharge. Certains jours, elle séjournait à 10, resp. 14 km au nord-est de la décharge, mais la décharge est toujours restée le centre de ses activités. 

Cigogne  «Pepa» (2382), données du 3. au 28.12.2012:
Du 3.- 8.12 et du 24.- 28.12, cette cigogne s’est également nourrie principalement sur la décharge, mais à plusieurs reprises, elle s’est rendue sur des terres agricoles et des pâturages env. 2,5 km au sud-ouest de Malpartida à la recherche de nourriture. L’oiseau passait les nuits la plupart du temps dans son nid au centre de Malaria de Cáceres, env. 10 km au nord de la décharge. Du 9. au 23.12., «Pepa» séjourna sans interruption env. 60 km au sud de la décharge Ecoparque, au sud et à l’est de Merida, principalement sur la grande décharge de Merida, puis de temps à autre aussi sur des terres agricoles, p. ex. près de Puebla de la Calzada. Il y passait les nuits la plupart du temps dans une mare près du bord du lac de barrage d’Alange.

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Les deux oiseaux apportent la preuve, que durant la période indiquée, les décharges sont d’une importance primordiale pour la recherche de nourriture, et ceci également pour les cigognes non migrantes de Malpartida. Une nouvelle découverte indique que les cigognes n’hésitent pas, pour la recherche de nourriture, à se rendre parfois sur des décharges éloignées. Dans les semaines et mois à venir, les enregistreurs de données fourniront sans doute d’autres données précieuses sur l’utilisation de l’habitat par ces deux cigognes

Bild_7_300pxDu fait des bonnes expériences avec la technologie des enregistreurs, deux autres cigognes adultes de Malpartida seront équipées de ce type d’appareil en janvier 2013. De plus, de jeunes cigognes devront être munies en mai 2013, à Malpartida, d’enregistreurs de données ou de balises GPS. A plus long terme, la réalisation d’une cartographie écologique selon les biotopes et l’utilisation des terres dans la région de séjour des cigognes est envisagée. Il sera alors possible de recouper les données relatives au lieu de séjour des oiseaux avec le type d’habitat recherché et d’obtenir des informations étendues sur l’écologie des cigognes et l’importance des différents types de décharge. 

Les premiers résultats concernant trois cigognes suisses s’avèrent assez effrayants.  Ils indiquent le temps effectivement passé sur les décharges à la recherche de nourriture: 

Pour Dani, ce sont 73% de la totalité des journées, pour Elvis presque 90% (!) et pour  Yumna un peu moins de 60%. Ce ne sont pas de simples estimations, mais des faits prouvés par les données fournies par le GPS ! Nos cigognes balisées se nourrissent donc principalement, voire exclusivement, de détritus trouvés sur des décharges.  

Une étude lancée il y a peu dans la partie centrale de l’Espagne par « l’Institut national de recherches cynégétiques » (Instituto de Investigación en Recursos Cinegéticos, en  bref IREC) a examiné le poids, l’hématologie et la présence de divers agents pathologiques dans les colonies de cigognes séjournant sur les décharges et dans des milieux naturels. Elle a produit des résultats (encore provisoires) surprenants. 

malpartida_DSC8050_300pxComme on pouvait s’y attendre, les cigogneaux nés aux abords d’une décharge sont nettement plus lourds et plus gros que leurs pairs provenant  par exemple d’un parc national – mais ils présentent un système immunitaire très déficient accompagné de symptômes tels que des modifications au niveau de l’hémoglobine dues éventuellement aux diverses substances toxiques des décharges. Bien que leur état de santé soit apparemment peu touché en ce qui concerne  les agents propres aux cigognes, d’autres bactéries s’y sont ajoutées dans la flore intestinale. Celles-ci, inoffensives pour le moment,  présentent une forte résistance aux antibiotiques, résistances qui, transmises à d’autres bactéries, peuvent engendrer des combinaisons dangereuses. Les cigognes qui grandissent au parc national n’hébergent pour ainsi dire aucun de ces agents dangereux.  

L’institut espagnol IREC, un organisme de recherche très actif sur l’ensemble du territoire national est l’unique institut en Espagne qui rassemble sous un  même toit des biologistes, des vétérinaires et bien d’autres disciplines. Le groupe de travail « Pathologies des oiseaux » fait partie du  collectif pluridisciplinaire SaBio – Sanidad y Biotecnología (Santé et Biotechnologie) et collaborera activement au programme « SOS Cigogne – la migration en mutation ».

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Site Internet 

Depuis le lancement de la nouvelle phase du projet « SOS Cigogne – la migration en mutation » en janvier 2011, des comptes-rendus réguliers sont publiés sous http://www.storch-schweiz.ch ou directement sous http://www.projekt-storchenzug.com) sur le déroulement du projet et les nouveaux résultats. Tous les articles publiés peuvent toujours être téléchargés. Un des éléments important du site est consacré à la présentation et à l’actualisation des mouvements migratoires des cigognes avec balise ou enregistreur. 

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